Par Robin Ferré, Directeur, Recrutement exécutif, Toronto
Un an après votre arrivée à la direction générale de la FARFO, quel regard portez-vous sur cette première année?
C’est une année que je qualifierais d’exigeante et de profondément enrichissante à la fois. J’ai découvert une grande famille : des membres, des bénévoles, des clubs d’âge d’or et des centres de vie active portés par un engagement remarquable envers le mieux-être des personnes aînées francophones.
Nous avons pu faire progresser des projets concrets, comme Éclaireurs de proximité et Employabilité 50+, tout en amorçant un travail de fond sur la gouvernance : planification stratégique et révision de nos règlements administratifs.
Je retiens surtout les liens tissés avec les FARFO régionales à travers la province, qui m’ont donné une compréhension beaucoup plus fine des réalités vécues sur le terrain.
Qu’est-ce qui vous a attirée vers la FARFO et cette mission à ce moment de votre parcours?
Après plus de vingt ans en leadership communautaire — en éducation, en santé et dans le monde municipal — j’avais envie de mettre cette expérience au service d’une mission qui me touche personnellement : celle de la dignité et de la pleine participation des personnes aînées francophones.
Mon parcours m’a toujours ramenée à une même préoccupation : comment servir notre communauté francophone, particulièrement en situation minoritaire. La FARFO représentait une occasion unique de réunir toutes ces dimensions — santé, éducation, gouvernance municipale — au service des aînés.
Après plus de 30 ans de carrière, en quoi votre expérience influence-t-elle aujourd’hui votre façon de diriger?
Chaque étape de mon parcours a façonné ma manière de diriger aujourd’hui. Mon passage comme doyenne de l’École des sciences de la santé au Collège Boréal m’a appris l’importance de bâtir des équipes et des programmes durables.
Mon rôle de directrice générale et greffière à Markstay-Warren, où j’ai géré un budget de 5 à 6 millions de dollars et une équipe de 24 personnes tout en menant à terme l’officialisation du bilinguisme municipal, m’a enseigné la rigueur de gestion et l’importance d’ancrer les décisions dans les besoins réels de la communauté. Et mon expérience de gouvernance, notamment au sein du RLISS du Nord-Est, de Simulation Canada et du Réseau du Mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, m’a convaincue que le leadership le plus durable est celui qui écoute avant d’agir et qui mise sur la collaboration plutôt que sur les silos.
La réalité francophone est-elle la même partout en Ontario? Quelles différences observez-vous entre les différentes régions de la province?
Non, absolument pas, et c’est l’une des plus grandes leçons de cette première année.
Dans le Nord, où j’habite depuis toujours, on vit une réalité de communauté forte et historique, mais qui se heurte encore à des lacunes criantes : à Sudbury, par exemple, il n’existe aucun lit officiellement désigné francophone, une situation que j’ai dénoncée publiquement lors des États généraux. Dans le Sud-Ouest, la réalité est plutôt celle de communautés plus dispersées, où l’accès aux services de santé en français demande une planification différente. Dans le Grand Toronto, on observe une réalité davantage marquée par l’immigration francophone et une diversité culturelle grandissante.
Chaque région a ses forces et ses angles morts, ce qui exige une approche flexible plutôt qu’une solution unique appliquée dans toutes les régions de la province.
On constate donc des réalités très différentes d’une région à l’autre. Dans ce contexte, les organisations francophones en situation minoritaire rencontrent-elles des défis particuliers pour attirer et retenir des dirigeants et des talents francophones ou bilingues?
Oui, clairement. Le bassin de dirigeants pleinement bilingues et enracinés dans la francophonie est limité, et ces personnes sont sollicitées par plusieurs secteurs à la fois — santé, éducation, municipalités, organismes communautaires. Nos organisations, souvent plus petites en ressources, doivent rivaliser avec des employeurs qui offrent parfois des conditions plus avantageuses.
C’est pourquoi la planification de la relève et le mentorat sont si importants : il faut préparer la prochaine génération de leaders francophones bien avant d’en avoir besoin.
Comment voyez-vous l’enjeu de la relève et du transfert des connaissances entre les générations au sein des organisations francophones?
C’est un enjeu que je place au cœur de ma vision. Le transfert de connaissances ne se fait pas par hasard : il faut le structurer, par le mentorat, par la documentation de notre mémoire institutionnelle et par des occasions concrètes de collaboration intergénérationnelle. Des initiatives comme Employabilité 50+ montrent d’ailleurs que l’expérience des aînés a encore beaucoup à offrir sur le marché du travail, et que la relève ne signifie pas d’écarter l’expérience, mais de la marier à l’énergie des générations montantes.
Quelle place l’expérience des aînés peut-elle occuper dans la gouvernance, les conseils d’administration et, plus largement, dans nos organisations?
Une place centrale. Les personnes aînées apportent une mémoire institutionnelle, un jugement mûri par les années et une capacité de mise en perspective qui manquent souvent dans des conseils pressés par l’urgence du quotidien. Je crois beaucoup en des conseils d’administration intergénérationnels, où l’expérience des aînés dialogue avec la vision des plus jeunes administrateurs.
C’est exactement ce type d’équilibre que nous cherchons à renforcer à la FARFO, notamment à travers notre démarche de planification stratégique.
Lorsque vous regardez les prochaines années, qu’est-ce qui vous rend optimiste quant à l’avenir de la francophonie ontarienne?
Ce qui me rend optimiste, c’est la vitalité que je constate sur le terrain, dans chaque région que je visite : des clubs d’âge d’or dynamiques, des centres de vie active engagés, des bénévoles dévoués et des partenaires prêts à unir leurs forces. De nouveaux projets en équité, diversité et inclusion et de nouveaux partenariats sont en développement, et je vois une communauté qui, malgré les défis, continue de se mobiliser avec fierté et détermination.
Chaque rencontre avec nos membres me confirme que la francophonie ontarienne a un avenir solide, à condition que nous continuions à écouter, à apprendre et à bâtir ensemble.


