Leadership conscient : Quand la performance laisse place à l’alignement

yanoukpoirier

Entrevue croisée avec Stephanie El‑Chakieh et Alain Bonnamie

Par Yanouk Poirier

Changer de moteur

Après 40 ans, le leadership cesse d’être une course à la performance brute.

Il devient un exercice d’alignement, de discernement et de responsabilité personnelle.

Le corps, l’esprit et les choix de vie ne peuvent plus être dissociés de la réussite professionnelle et personnelle. Ce qui était autrefois tolérable (surcharge, stress chronique, compromis constants) devient coûteux, parfois insoutenable.

Pour explorer cette transition, nous avons posé les mêmes questions à deux parcours profondément différents, mais étonnamment convergents :

Alain Bonnamie (AB), boxeur professionnel et ex-champion international

Stephanie El-Chakieh (SEC), pharmacienne, scientifique et experte en santé holistique

Plutôt que d’imposer des réponses, cette entrevue croisée invite à se laisser interpeller par les questions elles-mêmes, celles qui obligent à ralentir, à se repositionner et à reprendre le gouvernail de sa vie.


Le cap des 40 ans

Qu’est-ce qui change fondamentalement dans la façon de diriger sa vie après 40 ans ?

AB Après 40 ans, je suis plus concentré sur l’essentiel. Je fais confiance à la vie. J’essaie d’avancer plutôt que de rester immobile.

Parfois, on s’éloigne trop du but. Avec l’âge, on apprend à revenir à l’essentiel. 

SEC Après 40 ans, la manière de choisir se transforme. On ne décide plus pour prouver, mais pour construire.

Le temps et l’énergie deviennent des ressources précieuses. Chaque « oui » est plus intentionnel. Chaque « non » est plus assumé. La validation externe perd de son importance au profit d’un alignement plus profond avec ses valeurs. 

Moins de dispersion. Plus de clarté.
Moins de recherche d’approbation. Plus de cohérence.
Moins de réaction. Plus de direction.


Santé et leadership

Quand la santé devient-elle un levier de leadership ?

AB La santé, c’est la base. C’est le moteur. 
On doit prêcher par l’exemple. La santé mentale est une priorité. 

Avec le Parkinson, j’ai beaucoup de raideur musculaire. Je dois m’entraîner deux fois plus qu’avant. 
Ça ne guérit pas, mais ça ralentit la progression. 
Après 13 ans, la maladie est stable. 
Je fais les efforts. Je ne me sers jamais de la maladie comme excuse. 

SEC À partir du moment où l’on apprend à écouter son corps.

Les symptômes ne sont plus des obstacles, mais des signaux.

Dans un monde obsédé par la performance, cette écoute devient un acte de leadership. Elle permet d’incarner une posture durable, cohérente et alignée.


La notion de mise en forme

Comment définir la « mise en forme » aujourd’hui?

AB La mise en forme est plus importante que le travail lui-même.

Je préfère être pauvre et en santé que riche et épuisé. 
La vraie richesse, c’est de profiter des plaisirs simples de la vie. 

SEC Pour moi, tout repose sur la balance.
La performance naît de l’équilibre, pas du déséquilibre.

La mise en forme englobe le corps, le mental, l’alimentation, la vie sociale et l’environnement émotionnel. La logique du « plus est mieux » laisse place à une cohérence durable.


Discipline et cohérence

Quel rôle joue la discipline quotidienne ?

AB La discipline, c’est un effort journalier.

Le matin, tu ne réfléchis pas.
Tu fais ce que tu as à faire.
5‑4‑3‑2‑1… tu te lèves.
Je laissais mes souliers de course à côté du lit. À 6 h, je courais. Point.

SEC La discipline allège la charge mentale. Elle élimine les négociations internes et protège l’énergie décisionnelle.

Elle nous ramène à nos engagements profonds, sans débat inutile.


Gestion du stress

Que faut‑il désapprendre après 40 ans ?

AB Il faut arrêter de se soucier du regard des autres.

Avant, je cachais mes tremblements.
Aujourd’hui, je veux éliminer le stress inutile.
Être bien dans sa peau, c’est plus important que l’opinion des gens.

SEC Il faut désapprendre l’idée qu’une vie sans stress est l’objectif.
L’enjeu réel, c’est la gestion des émotions.

L’équilibre ne vient pas de l’absence de stress, mais de la capacité à le traverser avec maturité.


Les angles morts du leadership mature

AB Beaucoup détruisent leur santé pour bâtir un compte de banque, puis dépensent ce compte de banque pour tenter de regagner leur santé.

La richesse sans santé est un piège dangereux.

SEC Le piège le plus fréquent : s’appuyer uniquement sur les succès passés. L’expérience est une force… jusqu’à ce qu’elle freine l’adaptation.


L’adversité comme point de bascule

AB Ça prend de la volonté. De l’acharnement.

La volonté, ça se développe.
Chaque matin, tu choisis d’affronter la journée.

SEC Les épreuves deviennent transformatrices lorsqu’elles changent notre identité. Elles forcent un réalignement profond : priorités, habitudes, entourage.


Les outils essentiels

AB Ne pas se rabaisser. Arrêter de se comparer.

Demain, tu dois être meilleur qu’aujourd’hui.
Chacun a ses forces et ses faiblesses.

SEC Deux piliers deviennent non négociables : le discernement et la gestion des émotions. Il n’existe pas de solution universelle. L’outil juste est celui qui résonne avec vous — marche, sport, écriture, méditation.

Le plus difficile, mais le plus précieux, c’est d’apprendre à s’écouter.


Performance durable

Peut‑on viser l’excellence sans s’épuiser ?

AB L’excellence n’a pas de fin.

C’est comme les arts martiaux.
Un processus continu.
Kaizen.

SEC Oui, si l’excellence est alignée. Lorsqu’elle épuise, le problème n’est pas l’ambition, mais le cap.


Le message essentiel

AB Soyez fier de vous.

Ne laissez pas l’âge vous arrêter.
La vie commence à 40 ans — avec plus de vision.
Choisissez mieux vos priorités… et les personnes qui vous entourent.

SEC Le vrai levier du leadership n’est pas la performance brute,
mais l’alignement avec soi‑même.

« L’alignement change tout.
L’atteindre est probablement la chose la plus difficile — et la plus puissante. »


Passer du questionnement à l’action

Ces questions ne sont pas théoriques.
Elles créent un inconfort utile — celui qui précède les vrais changements.

Après 40 ans, le temps devient plus précieux que l’ambition brute. Continuer « comme avant » n’est plus neutre : chaque décision a un coût réel sur l’énergie, la clarté et la capacité de durer.

L’invitation est simple — et exigeante :

  • Prenez une seule question
  • Celle qui vous dérange le plus
  • Répondez‑y honnêtement
  • Puis posez un geste concret dans les sept prochains jours

Le leadership conscient ne commence pas par de grandes déclarations.
Il commence dans les décisions quotidiennes, souvent invisibles, mais répétées.

Après 40 ans, le véritable luxe n’est pas d’en faire plus.
C’est de faire mieux.
Avec lucidité. Cohérence. Intention.

Si vous avez apprécié l’article et que les questions vous interpellent, nous offrirons des ateliers sur le leadership dès le mois de mars 2026. Vous pouvez me contacter directement à cet effet à Yanouk@humanismtl.com

Liens utiles :

www.stephanieelchakieh.com

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https://www.journaldemontreal.com/2022/10/25/si-tu-arretes-de-rever-tu-tapproches-du-cercueil–alain-bonnamie

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@stephanieelchakieh

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